57,5 % de dépenses publiques, le détail des chiffres

57,5 % DE DÉPENSES PUBLIQUES, LE DETAIL DES CHIFFRES

 

Félicien Leclair

 

(12 septembre 2016)

 

(Cet article a été écrit dans le cadre de travaux de l’Association Services Publics.

La présentation et les conclusions n’engagent que l’auteur).

 

 

Les dépenses publiques représentent 57,5 % du PIB en France en 2014 et constitueraient une part socialisée de l’économie trop importante et supérieure à celle des pays qui sont nos partenaires. Davantage de part au secteur privé redonnerait du dynamisme à l’économie Française. Ces thèmes sont très répandus dans les débats actuels, mais ils partent d’une vision déformée de la réalité.

 

Les dépenses publiques sont des financements pour la plus grande part et ne constituent pas une production publique.

Les dépenses publiques sont comparables entre la France et ses grands partenaires européens. L’importance du total vient d’une part socialisée plus grande dans le financement des retraites en France.

Les comparaisons internationales d’efficacité des les politiques publiques de santé et d’éducation ne montrent pas la supériorité des pays pour lesquels la part de financement par le secteur privé est supérieure.

 

En premier lieu, ce chiffre de 57,5% recouvre deux réalités différentes : d’une part une production non-marchande de services publics (22,0°% du PIB) et, d’autre part le financement public d’activités réalisées dans le secteur marchand. Ces dernières transitent par une caisse publique et ne constituent pas une part du PIB, produit intérieur brut.

 

Les transferts de ressources vers des ménages ou vers certains producteurs marchands correspondent à des choix de corriger la spontanéité des relations de marché, afin de satisfaire en priorité certains besoins fondamentaux des populations. Ces choix correspondent à des objectifs de solidarité et de cohésion sociale.

 

Les revenus transférés aux ménages servent de débouchés à l’économie marchande, ceux vers les entreprises soutiennent l’offre. Ces transferts s’insèrent dans les échanges qui permettent la constitution du PIB mais ne sont pas une part du PIB. Le point de PIB ne constitue qu’une unité de mesure exprimée comme pourcentage du montant du PIB.

 

 

La production réalisée par les administrations publiques ne représente que 22% du PIB en l’estimant par son coût selon la Comptabilité Nationale.

 

La production des administrations publiques s’élève en à 22,0% du PIB en 2014 selon Eurostat et est de niveau comparable aux autres grands pays européens. Si en Allemagne, la proportion est plus faible, 14,6%, cette dernière est équivalente au Royaume Uni (22,2%).

 

 

Si l’on opère une décomposition des dépenses publiques non plus par nature mais par fonction, on constate que les dépenses des fonctions autres que la protection sociale sont importantes en France, 32,7 points de PIB, mais à un niveau comparable à nos partenaires européens.

 

Ces dépenses représentent 32,7 points en France, 27,4 au Royaume Uni, 25,5 en Allemagne.

 

En 2014, la fonction « services généraux de l’État » représente 6,7 points du PIB en France, mais 5,4 en Grande Bretagne et 6,3 en Allemagne, selon Eurostat. Les niveaux sont donc comparables.

 

En 2014, la fonction « enseignement » représente 5,5 points de dépenses publiques, en France, 5,2 en Grande Bretagne, 4,3 en Allemagne. Les montants sont comparables entre grands pays européens.

 

La même année, au titre du financement de la santé, la France consacre 8,2 points, le Royaume-Uni 7,6, l’Allemagne 7,2.

 

 

Les dépenses publiques de protection sociale, 24,8 points de PIB, financent des politiques sociales qui garantissent la population contre certains risques de perte de revenus.

 

Ces dépenses sociales sont un prélèvement sur les entreprises et les ménages de l’économie marchande et financent pour la majeure partie des activités du secteur marchand qui en assure l’offre.

 

Le financement en faveur des demandeurs d’emploi leur permet d’éviter une marginalisation sociale. L’indemnisation du chômage représente 2,0 points de PIB en France, 0,2 au Royaume Uni, 1,5 en Allemagne. Le taux très bas en Grande Bretagne vient du fait que l’assurance chômage est très restrictive en Grande Bretagne.

 

L’indemnisation des arrêts de maladie et de l’invalidité permet de pallier la perte de revenus que causerait la cessation de l’activité professionnelle. La dépense est de 2,9 points en France, 2,8 au Royaume-Uni, 3,0 en Allemagne.

 

La politique familiale permet de compenser les surcoûts liés à l’éducation des enfants et maintenir la population française. Elle constitue un soutien à la natalité et est un succès. Couplée à la politique d’éducation, la politique familiale contribue à la constitution des « ressources humaines » de la nation en quantité comme en qualité. La France consacre 2,5 points à la politique familiale, le Royaume-Uni 1,6, et l’Allemagne 1,5.

 

Les écarts de dépenses publiques de protection sociale hors retraites sont peu différentes entre la France et ses deux autres grands partenaires européens.

 

 

 

Les régimes de retraite par répartition permettent l’entretien des personnes âgées, mais on observe une grande différence entre le niveau français de dépenses publiques et celui des deux autres. La France consacre 13,7 points en 2014 tandis que le Royaume-Uni consacre 8,5 et l’Allemagne 9,1 selon Eurostat.

 

 

 

 

 

Tableau n°1      
Dépenses des administrations publiques en 2014 selon la nomenclature d’Eurostat
Nature des dépenses en points de PIB France Allemagne GB
       
Services généraux 6,7 6,3 5,4
Défense 1,7 1,0 2,2
Ordre et sécurité publics 1,6 1,6 2,0
Affaires économiques 5,1 3,3 3,0
Protection de l’environnement 1,0 0,6 0,8
Logements et équipements collectifs 1,4 0,4 0,6
Santé 8,2 7,2 7,6
Loisirs culture et cultes 1,5 0,8 0,7
Enseignement 5,5 4,3 5,2
Sous total hors protection sociale 32,7 25,5 27,4
Maladie et invalidité 2,9 3,0 2,8
Vieillesse 13,7 9,1 8,5
Survivants 1,6 1,9 0,1
Famille et enfants 2,5 1,5 1,6
Chômage 2,0 1,8 0,2
Autres 2,1 1,5 3,3
Sous-total de la protection sociale 24,8 18,8 16,5
Total des dépenses publiques 57,5 44,3 43,9
       
Source Eurostat, communiqué 2016/57.      

 

 

 

L’argumentation polémique consiste à affirmer que des financements faisant davantage appel au secteur privé, mis à la charge les individus, réalisés par des opérateurs privés favoriserait une meilleure efficacité de l’économie et garantirait une meilleure réalisation des objectifs. La France devrait baisser ses dépenses publiques afin d’être concurrentielle avec les grandes économies environnantes. Néanmoins, ces pays si souvent pris en modèles ne réussissent pas mieux dans les domaines cités.

 

 

 

 

 

 

La politique de santé aux Etats Unis fait beaucoup plus appel au financement privé des individus qu’en Europe, représente un coût total plus important pour des résultats moins bons en termes d’indicateurs de santé.

 

Selon l’OCDE, en 2013, les dépenses de santé représentent 16,4 points de PIB aux Etats-Unis contre 10,9 en France. La part de financement public est 7,9 points aux EUA, presqu’au niveau de la France 8,6. Le financement privé est de 8,5 points aux EUA, bien supérieur aux 2,3 de la France.

 

Néanmoins, les indicateurs d’espérance de vie sont supérieurs en France. La France a plus de médecins pour 100000 habitants, plus de lits d’hôpitaux pour 1000. La mortalité infantile est de 6,0 pour 1000 aux EUA, supérieur au niveau Français (3,8 pour 1000). (Chiffres OCDE, 2013).

 

Comparés à ceux des deux autres pays européens, Allemagne et Grande-Bretagne, les indicateurs de santé américains sont également moins bons en termes d’espérance de vie et de taux de mortalité infantile, bien que la part de financement public soit analogue.

 

Tableau n°2        
2013        
Dépenses et indicateurs de santé      
  EUA France Royaume Uni Allemagne
         
Dépense en $ en parité de pouvoir d’achat 8713 4124 3235 4819
Dépenses de santé en points de PIB 16,4% 10,9% 8,5% 11,0%
Part des financements publics 48,2% 78,7% 83,3% 65,5%
Financement public 7,9% 8,6% 7,1% 7,2%
Financement privé 8,5% 2,3% 1,4% 3,8%
Espérance de vie hommes 76,4 79,0 79,2 78,6
Espérance de vie femmes 81,2 85,6 82,9 83,2
E Vie après 65 ans H 17,9 19,3 18,6 18,2
E Vie après 65 ans F 20,5 23,6 20,9 21,1
Mortalité infantile pour mille 6,0 3,6 3,8 3,3
Médecins pour 100000 hab 7,3 9,0 (2012) 13,2 12,2 (2012)
Lits d’hôpitaux pour 1000 hab 2,9 6,3 2,8 8,3
Obésité Hommes 33,9% nd 26,0% nd
Obésité Femmes 36,6% nd 23,8% nd
         
         
nd: non disponible        
         
Source: OCDE, panorama de la santé (2015)      

 

 

 

 

Le financement de l’éducation est plus coûteux en Grande-Bretagne qu’en France, il fait davantage appel au financement privé, pour des résultats moins bons.

 

En 2012, la fonction « enseignement  hors enseignement supérieur», selon l’OCDE, représente 3,6 points de dépenses publiques, en France, 4,0 en Grande Bretagne, 2,9 en Allemagne. En ajoutant le financement privé, la fonction enseignement s’élève à 3,8 points du PIB en France, 4,5 en Grande Bretagne, 3,1 en Allemagne. Le financement privé est supérieur au Royaume-Uni vis à vis de la France (0,5 points contre 0,2). (Source OCDE). L’effort Britannique en éducation est supérieur à la France mais sur deux indicateurs, le Royaume-Uni fait moins bien que la France.

 

En 2014, les sortants précoces sont 11,8 % au Royaume-Uni, 9,5 % en Allemagne et 8,5 % en France. En Allemagne, on recense 77,5 % de jeunes qui réussissent des études secondaires, 84,1 % en Grande-Bretagne, inférieurs au niveau Français, 88,6%. (Chiffres DEPP du Ministère de l’Éducation). Les résultats Français, sont meilleurs que ceux de l’Allemagne, mais les dépenses consenties en Allemagne sont moindres.

 

(La proportion de sorties précoces est la proportion de jeunes âgés de 18 à 24 ans qui n’ont ni CAP, ni BEP, ni diplôme supérieur et ne poursuivent ni études ni formation. La proportion de réussite aux études secondaires est la proportion de jeune âgés de 20 à 24 ans ayant terminé avec succès l’enseignement secondaire de second cycle (CAP, BEP, baccalauréat, diplôme de l’enseignement supérieur)

 

Tableau n°3          
2012          
Données sur le financement de l’éducation primaire et secondaire    
  EUA France Royaume Uni Allemagne  
Dépenses en points de PIB 3,6% 3,8% 4,5% 3,1%  
Financement public 3,4% 3,6% 4,0% 2,9%  
Financement privé 0,3% 0,2% 0,5% 0,2%  
           
Source: OCDE, Panorama de l’éducation 2015      
           
2014          
Réussite études secondaires 88,6% 84,1% 77,1%  
Sorties précoces   8,5% 11,8% 9,5%  
           
           
Source: Ministère de l’éducation, DEPP, l’éducation nationale en chiffres 2015.  

 

Au total, l’économie Française n’est donc pas « collectivisée » à 57,5 % . Les politiques publiques permettent de satisfaire certains besoins sociaux par des financements publics qui solvabilisent les usagers, avec une part supérieure à celle des autres grands pays. Les comparaisons internationales sur la santé et l’éducation montrent qu’une part moins importante du financement public ne conduit pas nécessairement à une meilleure efficacité dans la réalisation de ces objectifs sociaux.