Inégalités de revenus et redistribution en France entre 2008 et 2014

INEGALITES DE REVENUS ET REDISTRIBUTION EN FRANCE ENTRE 2008 ET 2014

 

Félicien Leclair

 

(13 février 2016)

 

La redistribution sociale et fiscale diminue les inégalités de revenus en 2014 selon des données calculées par le modèle Ines de l’Insee.

 

 

En 2014, le revenu moyen avant redistribution était de 26 280 euros et le revenu moyen disponible était de 23 900 euros.

 

Le revenu avant redistribution est le revenu brut duquel on déduit les cotisations retraites, maladie et chômage et la CSG maladie.

Le revenu disponible est le revenu avant redistribution duquel on déduit les cotisations famille, la CSG hors maladie, les prélèvements sociaux, le CRDS, l’impôt sur le revenu et la taxe d’habitation, et auquel on ajoute les prestations familiales, minima sociaux et allocations logements. Les produits financiers sont comptés dans les deux revenus.

 

Le revenus envisagés dans cette étude correspondent au calcul de niveaux de vie des individus observé dans les ménages au sens du recensement. Pour tout ménage on compte une unité de consommation pour la première personne adulte, 0,5 unités de consommation pour une autre personne de plus de 14 ans , 0,3 pour un enfant de moins de 14 ans. L’ensemble des revenus correspondant à chaque individu du ménage constituent les revenus du ménage. Le calcul de rapport de ces derniers au nombre d’unités de consommation détermine le niveau de vie moyen de chaque individu du ménage.

 

L’ensemble de la population est ici découpée selon cinq quintiles, c’est à dire cinq tranches de 20% de la population classée par niveau de revenu individuel selon le calcul précisé précédemment. Le premier quintile comprend les 20% de la population aux moindres revenus, le cinquième le 20% les plus aisés, et les autres quintiles correspondent aux tranches intermédiaires.

 

 

Le revenu moyen avant redistribution du quintile le plus bas représentait 27% du revenu moyen général tandis que le cinquième quintile représentait 216%. Le deuxième quintile représentait 61%, le troisième 84%, le quatrième 112%. On note un écart important entre le premier quintile (27%) et le deuxième (61%).

 

La redistribution favorise les revenus du premier quintile. Après redistribution, le revenu disponible de ce dernier se monte à 47% du revenu disponible moyen général, en hausse de 20 points, tandis que pour le deuxième quintile le niveau est de 67%, soit 6 points de plus. Pour le troisième, ce ratio s’élève à 86%, en hausse de 2 points. Pour le quatrième, le ratio est de 109%, en recul de 3 points. Pour le cinquième, le niveau est de 190%, en diminution de 26 points.

 

Une redistribution est donc importante pour le premier quintile, très faible pour le deuxième quintile, compensée par une contribution importante mais limitée des trois quintiles supérieurs.

 

On peut mesurer le taux de redistribution au sein de chaque quintile en calculant la différence entre le revenu disponible et le revenu avant redistribution et en la rapportant au revenu avant redistribution.

 

Pour le premier quintile, le taux de redistribution est de +59%, pour le second il n’est que de 1%. Les trois autres quintiles sont contributeurs de façon croissante : -7% pour le troisième quintile, -11% pour le quatrième, -20% pour le cinquième.

 

Pour l’ensemble de la population, le taux est de -9%. Ce chiffre correspond à l’effet plus global d’une pression générale de la fiscalité qui ne finance pas uniquement la redistribution, mais aussi des services publics aux effets individualisés non calculés.

 

Selon ces données le premier quintile bénéficie d’un effet redistributif élevé, mais le deuxième quintile n’est pas aidé au delà de 1%.

Ce chiffre fournit une indication relative au sentiment perçu de certains « travailleurs pauvres » que les plus pauvres sont aidés mais pas eux.

 

La contribution du premier quintile est importante, mais pour les deux autres quintiles elle n’est pas « confiscatoire ». Pour ces derniers, la connaissance de ce taux de redistribution fait justice à un certain discours médiatique selon lequel les classes moyennes seraient écrasées par la fiscalité.

 

Il est vrai que la fiscalité indirecte n’est pas prise en compte dans cette étude, mais la sensibilité à la fiscalité directe est très forte. Même si la fiscalité directe et les cotisations sociales sont importantes, elles ont pour contrepartie le bénéfice de prestations importantes, on peut imaginer que le sentiment commun est que l’on voit plus ce que l’on paye que ce que l’on perçoit considéré comme un dû.

 

Tableau n°1
Revenus et redistribution en France par quintiles en 2008 et 2014
1er quintile 2e quintile 3e quintile 4e quintile 5e quintile Moyenne
0-20 20-40 40-60 60-80 80-100
2008
Revenu AR annuel 7 200 15 200 20 870 27 770 53 760 24 960
Rapport au RAR moyen 29% 61% 84% 111% 215% 100%
Revenu disponible annuel 10 610 15 200 19 200 24 230 43 020 22 450
Taux de redistribution 47% 0% -8% -13% -20% -10%
Rapport au RD moyen 47% 68% 86% 108% 192% 100%
2014
Revenu AR annuel 7 080 15 940 22 060 29 470 56 880 26 280
Rapport au RAR moyen 27% 61% 84% 112% 216% 100%
Revenu disponible annuel 11 270 16 120 20 520 26 090 45 500 23 900
Taux de redistribution 59% 1% -7% -11% -20% -9%
Rapport au RD moyen 47% 67% 86% 109% 190% 100%
Revenu AR: revenu avant redistribution
Taux de redistribution: écart entre revenu disponible et revenu avant redistribution, rapporté au revenu AR
Rapport à la moyenne: Rapport du revenu moyen du quintile au revenu moyen global

 

 

 

 

Depuis 2008, en dépit de la crise financière, ces ratios ont peu évolué et la croissance des inégalités a été contenue.

 

Entre 2008 et 2014, le rapport au revenu moyen avant redistribution du premier quintile a faiblement diminué en passant de 29% à 27%, ceux des deuxième et troisième quintiles sont restés stables, ceux des quatrième et cinquième ont augmenté de 1 point.

 

Après redistribution, les rapports de chaque quintile au revenu moyen n’ont pratiquement pas changé, de l’ordre de 1 point. Le premier quintile est resté au même niveau de 47% entre 2008 et 2014. Le deuxième est passé de 68% à 67%, le troisième est resté à 86%, le quatrième était en hausse de 108% à 109%, le quatrième a diminué de 192% à 190%. Au total, la distribution des revenus ainsi exprimée a peu varié entre 2008 et 2014.

 

Graphique 1

 

Rapport du revenu moyen de chaque quintile
au revenu moyen global en 2008 et 2014.

 

graph 1

 

Rapport du revenu moyen de chaque quintaine au revenu moyen global en 2008 et 2014

RAR : revenu avant redistribution

RD : revenu disponible

Entre 2008 et 2014, la redistribution a augmenté en faveur du quintile aux plus faibles revenus avant redistribution.

 

Le taux de redistribution, rappelons-le, est le rapport au revenu avant redistribution de la différence entre revenu disponible et le revenu AR.

 

Il a augmenté de 47% en 2008 à 59% en 2014 pour le premier quintile, 0% à 1% pour le deuxième, diminué de -8 à -7% pour le troisième, -13% à -11% pour le quatrième et demeure de -20% pour le cinquième. Le ratio négatif exprime le taux de prélèvement dans les trois quintiles supérieurs.

 

On peut remarquer que le taux de prélèvement moyen diminue de -10% à -9%. (Ce résultat sur la moyenne exprime que la fiscalité directe sur le revenu brut a été diminuée pour l’ensemble. Les grandeurs considérées sont hors fiscalité indirecte).

 

Graphique 2

 

Taux de redistribution en 2008 et 2014 selon les quintiles.