Jean-Louis Bianco à l’association Services publics

 

L’association a organisé samedi 30 mai une conférence débat avec Jean Louis Bianco, afin d’échanger avec lui sur sa vision du service public, compte tenu de sa longue et très diverse carrière d’homme public, à la fois dans les services publics (secrétaire général de l’Elysée, président de l’ONF, aujourd’hui président de l’observatoire de la laïcité) et comme élu et homme politique (maire de Digne, conseiller général puis président du conseil des Alpes de Haute Provence, député, ministre dans deux gouvernements de 1990 à 1993).

Le compte rendu  ci-dessous sont quelques impressions d’un auditeur qui n’engagent pas Jean louis Bianco.

Au fond, Jean-Louis Bianco n’a pas plaidé pour une doctrine, encore moins un dogme ou une idéologie du service public, mais, en émaillant son propos de « flashes » concrets comme autant de cas vécus, il a, par petites touches, donné la vision de son service public.

  • Les services publics ont pour objet de répondre aux besoins des personnes, non de produire un service pour lui-même.
  • C’est par la démocratie locale qu’on répond le mieux aux demandes des personnes, d’où le rôle des élus locaux.
  • Parce que la démocratie est une manière d’être à l’écoute et que chacun a besoin d’être écouté, même s’il n’obtient pas satisfaction mais reçoit une réponse et des explications. Le débat public est une priorité (exemple des équipements collectifs à Digne).
  • Le dialogue social, notamment avec les syndicats, est à la base du service public bien conçu, même s’il doit aussi exister dans les entreprises (exemple des discussions à l’ONF). Les cadres publics et privés sont insuffisamment formés au dialogue social.
  • La bonne gestion est impérative et doit s’exercer sans dogme préalable : la gestion en régie est toujours possible, elle peut être plus avantageuse que la gestion privée mais tout repose sur le contrôle (exemple de la distribution de l’eau).

J.L. Bianco a complété son propos en donnant sa vision de la laïcité, partie intégrante en France du service public.

  • La laïcité est fondée d’une part sur la liberté intégrale de croire ou ne pas croire dans une religion ou une philosophie, d’autre part, sur la neutralité complète du service public à cet égard, ce qui ne veut pas dire ignorance ou indifférence.
  • La laïcité ne sépare pas espace privé où tout serait possible et espace public dans lequel la neutralité s’imposerait ; cette distinction est erronée : la liberté s’exerce partout, sous la réserve qu’elle n’est pas prosélytisme ou menace à l’ordre public.
  • Il ne faut donc approuver aucun intégrisme ni religieux ni laïc : le port du foulard est interdit à l’école et pour les agents du service public, mais pas ailleurs : la jurisprudence a reconnu, mais ce n’est pas la même chose, la possibilité d’un règlement intérieur dans un service privé d’interdire les signes religieux. Pas davantage ; il faut donc laisser possible l’accompagnement des sorties scolaires par des femmes portant le foulard, sous les mêmes réserves générales de la liberté.
  • De même, la création de menus « hallal » dans les cantines n’est pas souhaitable, notamment parce que les repas ne doivent pas séparer les participants selon leur croyances : la diversité dans les menus est souhaitable, sans autre référence et en veillant à ce qu’il n’y ait pas de regroupement sur cette base.

En définitive, J.L. Bianco plaide pour une laïcité de liberté, pas d’interdiction.